Supervision de binômes
Quand deux personnes se battent à propos d'un sujet, elles se battent rarement à propos de ce sujet. Ce qui se joue, c'est la négociation des places — qui a le droit de décider, qui porte l'anxiété de l'organisation, qui peut nommer la réalité. Un PDG et son adjoint qui divergent sur la stratégie — ce n'est pas vraiment la stratégie qui divise. C'est : qui sait ? Qui a l'autorité pour dire la vérité ? Qui doit protéger la structure si l'autre prend un risque ? Et si je reconnais que tu as raison, qu'est-ce que je deviens ?
La supervision de binôme travaille sur la grammaire de la relation. Elle éclaire : qu'est-ce que chacun demande à l'autre à travers la dispute apparente ? Quels reconnaissances, quelles protections, quelles promesses implicites sont négociées ? Et crucially : qu'appartient à chacun, et qu'appartient à l'architecture de l'organisation ? Parce qu'il y a une différence : ce que je dois trancher personnellement, et ce que le système doit trancher. Quand on confond les deux, on crée du malaise infini.
L'objectif n'est pas l'harmonie forcée. C'est la différenciation : pouvoir être en désaccord sans que cela signifie l'exil, la perte de place. Pouvoir dire « je ne suis pas d'accord » et rester dedans. Superviseur certifié ESQA et membre de PSF, Nicolas Mathieu accompagne les binômes dans ce travail de reconnaissance des places et des responsabilités, transformant la tension en ressource de clarification. C'est la systémie pragmatique qui permet cette finesse : voir les tensions non pas comme des dysfonctionnements, mais comme des révélateurs de l'architecture du système.